Imam Ach-Châfi^iyy : Biographie Fondateur de l’école chafiite

Imam Ach-Châfi^iyy : Biographie Fondateur de l’école chafiite
بِسْمِ اللهِ الرَّحْمَنِ الرَّحِيم

La louange est à Dieu le Créateur du monde Celui Qui existe sans début, sans fin, sans endroit, sans comment et ne dépend pas du temps, rien n’est tel que Lui et Il est Celui Qui entend et Qui voit, quoi que tu puisses imaginer Dieu en est différent. Que l’élévation en degré et la préservation de sa communauté de ce qu’il craint pour elle soient accordées à notre maître MouHammad Al-’Amîn, l’Honnête, celui qui a appelé à la religion de vérité, l’islam la religion de tous les Prophètes du premier ‘Adam au dernier MouHammad.

Les fondateurs des 4 écoles sont unanimes dans la croyance

Les fondateurs des 4 écoles (madh-hab) de jurisprudence islamique, à savoir ‘Abôu Hanîfah, Mâlik, Ach-Châfi`iyy et AHmad Ibnou Hanbal sont tous sur la même croyance : celle du Prophète et de ses compagnons. Ils croient tous les quatre en l’existence de Dieu sans endroit sans comment et sans direction. Ainsi ils sont unanimes sur le fait qu’attribuer une direction à Dieu est de la mécréance. Et ce, tout comme l’a rapporté Ibnou Hajar Al-Haytamiyy dans son livre “al-Minhâjou l-Qawîm” p.224 :

واعلم أنّ القرافيّ وغيره حكوا عن الشّافعيّ ومالكٍ وأحمد وأبي حنيفة رضي الله عنهم القول بكفر القائلين بالجهة والتّجسيم وهم حقيقون بذلك

(wa`lam ‘anna l-Qarâfiyya wa ghayrouhou Hakaw `ani ch-Châfi`iyyi wa Mâlik wa ‘AHmad wa Abî Hanîfata raDia l-Lâhou `anhoum ‘al-qawla bikoufri l-qâ’ilîna bi l-jihati wa t-tajsîmi wa houm Haqîqôuna bidhâlik)

ce qui signifie « Sachez que Al-Qarâfiyy et d’autres ont rapporté de Ach-Châfi`iyy, Mâlik, ‘AHmad et ‘Abôu Hanîfah, que Dieu les agrée, que ceux qui disent [à propos de Dieu] qu’Il est dans une direction ou qu’Il est un corps ont commis de la mécréance, et ils [ces savants] avaient raison de le dire. »

Quant aux définitions de la croyance et de la mécréance, il n’y a pas de divergence entre eux. En effet, ces quatre Imams étaient musulmans et tous les musulmans ont la même croyance, ils ne divergent pas en cela.

Des divergences dans les pratiques mais pas de désaccord

Les madh-hab sont des écoles de jurisprudence. Les divergences concernent donc les lois d’application comme l’obligation du tachahhoud dans la prière, les conditions de la purification des impuretés canines… Il y avait beaucoup plus d’écoles à la base mais seules quatre sont encore pratiquées de nos jours.

Les moujtahid fondateurs de madh-hab ne se sont pas critiqués mutuellement, au contraire l’imam Ach-Châfi`iyy était un élève de l’imam Mâlik et il a fait son éloge. Ainsi l’Imam Ach-Châfi`iyy, que Allâh l’agrée, a dit de lui : « Lorsque les savants sont cités, Mâlik est comme une étoile parmi eux » et l’Imam ‘AHmad Ibnou Hanbal était un élève de l’Imam Ach-Châfi`iyy et il a dit de lui : « C’est une grâce que Allâh nous a accordée. J’ai pu profiter de son assemblée durant des jours et des nuits ; je n’ai remarqué en lui que du bien, que Allâh lui fasse miséricorde ! »

Par ailleurs, les divergences dans la jurisprudence représentent une facilité pour les croyants. C’est un bienfait pour nous. Ainsi, le musulman du commun, n’étant pas moujtahid lui même peut suivre n’importe quelle école.

Les différents degrés des savants dans la science

Les savants de l’Islam ont plusieurs degrés.

Moujtahid

Le moujtahid a la qualification pour déduire des lois à partir du Qour’ân et du Hadîth.

C’était le degré de Ach-Châfi`iyy, Mâlik, ‘AHmad Ibnou Hanbal, ‘Abôu Hanîfah et d’autres encore ; ils étaient moujtahid absolus (mouTlaq).

Il y a aussi des moujtahid restreints au madh-hab (mouqayyad), comme l’imam des deux Haram (La Mecque et Médine), Al-Jouwayniyy, Al-KhaTTâbiyy, ‘Ibnou Daqîqî l-`Id et Al-Halîmiyy parmi d’autres. Le moujtahid restreint au madh-hab est quelqu’un qui a atteint le degré de ‘al-ijtihâd ‘al-mouTlaq, mais son ‘ijtihâd étant conforme à celui d’un Imam fondateur d’école, il s’est limité à son école.

‘AS-Hâbou l-woujôuh

En dessous du degré du Moujtahid, il y a celui des savants appelés ‘aS-Hâbou l-woujôuh, tel que Al-Boulqîniyy de l’école chafiite, mort en 805 de l’Hégire. ‘aS-Hâbou l-woujôuh sont ceux qui déduisent des avis de jurisprudence dans une école à partir des textes de l’Imam qui a fondé l’école.

‘Ahlou t-tarjîH

Le degré en dessous est ‘ahlou t-tarjîH, tel que An-Nawawiyy de l’école chafiite. Leur rôle est de faire prévaloir un des avis de ‘aS-Habou l-woujôuh dans l’école sur un autre, en précisant que cet avis a plus d’arguments (preuves textuelles du Qour’ân et du Hadîth) que l’autre.

An-naqalah

Et le dernier degré est celui de ‘an-naqalah tel que AHmad Ibnou Hajar Al-Haytamiyy de l’école chafiite. Leur rôle est de transmettre les différents avis présents dans l’école.

Les grands savants musulmans parlent de la croyance de l’imâm ach-Châfi`iyy

Ibnou Mou`allam al-Qourachiyy (660 – 725) dit dans son livre Najmou l-mouhtadiyy [l’étoile de celui qui est bien guidé] en page 551 :

 « وهذا مُنتَظمٌ مَن كفرُهُ مُجمَعٌ عَليهِ ومَن كفَّرناهُ مِن أهلِ القِبلةِ كالقائلينَ بِخَلقِ القُرءآنِ وَبأنَّهُ لايَعلَمُ المَعدوماتِ قَبلَ وُجودِها ومَن لايُؤمِنُ بالقَدرِ وكذا مَن يَعتقدُ أنَّ اللهَ جالسٌ على العَرشِ كما حَكاهُ القاضي حُسَينُ عن نَصِّ الشَّافِعيِّ »

ce qui signifie : « Ceci est de la mécréance selon l’Unanimité et nous déclarons mécréant ceux qui se réclament de l’Islam qui disent que la Parole de Dieu est crée et ceux qui disent que Dieu ne sait pas les choses avant leur existence et celui qui ne croit pas en la Prédestination et celui qui croit que Dieu est assis sur le trône tout comme a rapporté ce jugement le juge -Al QâDî – Houçayn d’après le texte de Ach-Châfi`iyy ».

Dans son livre «‘It-Hâfou s-sâdati l-Mouttaqîn» (tome 2 page 24),  Az-Zabîdiyy rapporte que L’Imam Ach-Châfi`iyy a dit :

« إنه تعالى كان ولا مكان فخلق الـمكان وهو على صفة الأزلية كما كان قبل خلقه الـمكان لا يجوز عليه التغيِير فى ذاته ولا في صفاته  »

«  Allâh ta`âlâ existe de toute éternité alors qu’aucun endroit n’est de toute éternité. Il a créé l’endroit en ayant l’attribut de l’exemption de début, tout comme avant la création des endroits, le changement n’est pas possible selon la raison à Son sujet, ni pour Son Être ni pour Ses attributs   »

L’Imam Ach-Châfi`iyy explique les différentes sortes d’innovations

Le Hafidh Abôu Nou`aym a rapporté avec sa chaîne de transmission dans son livre « Hilyatou l-Awliyâ’» (tome 9, page 121) que l’Imam Ach-Châfi`iyy a dit :

« L’innovation est de deux sortes : l’innovation louable et l’innovation blâmable. Celle qui est conforme à la Sounnah c’est celle qui est louable, et celle qui contredit la Sounnah c’est celle qui est blâmable. Et pour preuve la parole de `Oumar Ibnou l-Khattâb lors des prières de nuit durant Ramadan : Quelle bonne innovation »

L’Imam Ach-Châfi`iyy, que Allâh l’agrée a dit dans son livre Al-‘oumm : « Al-bid`ah est de deux catégories : une innovation de bonne guidée et une innovation d’égarement ».

 Al-Bayhaqiyy a rapporté avec une chaîne de transmission, dans Manâqibou ch-Châfi`iyy de Ach-Châfi`iyy, que Allâh l’agrée, qu’il a dit :

« المحدثات من الأمور ضربان : أحدهما : ما أحدث يخالف كتاباً أو سنة أو أثراً أو إجماعاً، فهذه البدعة الضلالة. والثانية: ما أحدث من الخير لا خلاف فيه لواحد من هذا، وهذه محدثة غير مذمومة »

« Les innovations sont de deux sortes : une sorte de chose innovée fait partie de ce qui contredit le Livre, la Sounnah, la voie tracée par les compagnons ou l’Unanimité des savants, c’est ce qui est appelé l’innovation d’égarement ; la deuxième sorte de chose innovée fait partie de l’innovation de bien qui ne contredit aucun des quatre sujets qu’on vient de  mentionner, c’est l’innovation qui n’est pas blâmée ».

L’Imam Ach-Châfi`iyy dit faire le tabarrouk par Abôu Hanîfah

Dans son livre « Tarîkh Baghdâd » (tome 1, page 123), le HafiDh Al-KhâTîb Al-Baghdâdiyy rapporte avec une bonne chaîne de transmission, d’après `Aliyy Ibn Maymôun qu’il a dit :

« J’ai entendu Ach-Châfi`iyy dire : je fais certes le tabarrouk (la recherche de bénédiction) par Abôu Hanîfah et je me rends à sa tombe chaque jour (le visiter). Si j’ai un besoin, j’accomplis deux rak`ah (cycle de prière) puis je me rends à sa tombe et je demande à Allâh ta`âlâ qu’Il m’accorde la chose dont j’ai besoin et ce, auprès de sa tombe. Après cela mon affaire est rapidement réglée »

An-Nawawiyy rapporte de Ibn `Oumar et de Ach-Châfi`iyy le caractère recommandé de réciter le Qour’ân en faveur des morts musulmans.

L’Imam An-Nawawiyy, dans son livre Al-Adhkâr (page 159) après avoir cité un Hadîth incitant les musulmans à invoquer Allâh en faveur du défunt musulman, il a dit :

« قال الشافعي والأصحاب: يُستحبّ أن يقرؤوا عنده شيئاً من القرآن، قالوا: فإن ختموا القرآن كلَّه كان حسناً »

« Ach-Châfi`iyy et les aS-Hâb – les savants de l’école – ont dit : « Il est recommandé qu’ils récitent auprès de lui quelque chose du Qour’ân. Ils ont dit : Et s’ils récitent tout le Qour’ân, c’est bien »

Puis An-Nawawiyy a dit :

« وروينا في سنن البيهقي بإسناد حسن؛ أن ابن عمر استحبَّ أن يقرأ على القبر بعد الدفن أوّل سورة البقرة وخاتمتها »

« Il nous a été rapporté dans les Sounan de Al-Bayhaqiyy avec une chaîne de transmission Haçan – fiable – que Ibnou `Oumar a jugé recommandé de réciter sur les tombes après l’enterrement, le début et la fin de sourat Al-Baqarah ».

L’Imam ‘Abôu `Abdi l-Lâh MouHammad Ach-Châfi`iyy

Le grand Imam MouHammad Ibnou Idrîs Ach-Châfi`iyy est né en 150 de l’Hégire, l’année de la mort du fondateur de l’école hanafite ‘Abôu Hanîfah. Après avoir appris la science de la religion de manière approfondie, Ach-Châfi`iyy est devenu apte à donner des avis de jurisprudence (fatwas) et il a fondé sa propre école : le madh-hab châfi`ite.

Son nom et son ascendance

Il s’appelle ‘Abôu `Abdi l-Lâh MouHammad, fils de ‘Idrîs, fils de Al-`Abbâs, fils de `Outhmân, fils de Châfi`, fils de As-Sâ’ib, fils de `Oubayd, fils de `Abdi-YaZîd, fils de Hâchim, fils de al-MouTTâlib, fils de `Abdi-Manâf. Il est donc arabe, Qourachiyy, Hâchimiyy, MouTTâlibiyy. Son ascendance rejoint celle du Messager de Allâh en leur ancêtre commun `Abdou Manâf. Il a été surnommé Ach-Châfi`iyy parce qu’il y a dans son ascendance un homme du nom de Châfi` qui était un compagnon du Prophète MouHammad Salla lLâhou `alayhi wa sallam et dont le père était également compagnon. Être à la fois compagnon et fils de compagnon est très élogieux pour la personne.

Ach-Châfi`iyy est né à Gaza, en Palestine, en l’an 150 de l’Hégire, la même année est décédé l’Imam ‘Abôu Hanîfah, que Allâh l’agrée. Il a consacré sa vie à l’apprentissage et la diffusion de la science de la religion. Il est ainsi devenu un grand saint et un grand savant. L’Imam Ach-Châfi`iyy est décédé au Caire (en Égypte) en l’an 204 de l’Hégire. 

Ach-Châfi`iyy a grandi dans la pauvreté …

Ach-Châfi`iyy a grandi dans une famille pauvre. Son père est décédé alors qu’il était encore jeune, sa mère est partie avec lui s’installer à la Mecque lorsque Ach-Châfi`iyy avait 10 ans.

Sa mère s’appelait FâTimah, fille de `Abdi l-Lâh, Al-‘AZdiyyah par rapport à la tribu Al-‘AZd. Ach-Châfi`iyy a grandi dans la pauvreté. Il n’avait pas beaucoup d’argent. Ainsi, lorsqu’il apprenait la science de la religion, il écrivait sur des bouts de pierre, de cuir ou encore de feuilles de palme et d’os d’animaux ; il était tellement pauvre qu’il n’avait pas les moyens d’acheter des feuilles.

…et l’amour de la science

Ach-Châfi`iyy a mémorisé le Qour’ân honoré très jeune. Il a également commencé à apprendre les Hadîths du Prophète et à les écrire.

Puis il a voyagé pour s’installer à la campagne. Il a vécu avec la tribu de Houdhayl pendant une dizaine d’années afin d‘apprendre la linguistique arabe et le vocabulaire car Houdhayl faisait partie des tribus arabes connues pour leur éloquence. Ach-Châfi`iyy a mémorisé la poésie et les nouvelles de cette tribu.

Tout en apprenant la science, Ach-Châfi`iyy avait appris le tir à l’arc, de sorte que sur 10 flèches tirées, toutes atteignaient la cible. Il a dit à ce sujet : « Ma ferveur portait sur deux choses : le tir à l’arc et la science ; et je suis devenu performant au tir au point d’atteindre 10 cibles sur 10. » Ensuite il s’est tu. C’est alors qu’un de ceux qui l’écoutaient lui a dit : «  Par Allâh, tu es encore meilleur dans la science qu’au tir ! »

Le fondateur de l’école châfi`ite

Ach-Châfi`iyy a fondé une école de jurisprudence (madh-hab) : l’école châfi`ite. Dans cette école, il y a l’ancienne (al-madh-hab al-qadîm) et la nouvelle (al-madh-hab al-jadîd). L’ancienne école date de l’époque où l’Imam Ach-Châfi`iyy vivait en Iraq, puis en Égypte il a fondé sa nouvelle école. Ar-RâZiyy, dans son livre « Manâqibou Ach-Châfi`iyy » a dit : « Sache que Ach-Châfi`iyy, que Allâh lui fasse miséricorde, a composé son livre « Ar-Risâlah » alors qu’il était à Bagdad, mais lorsqu’il est retourné en Égypte, il l’a écrit de nouveau ; et dans chacune des deux versions, il y avait beaucoup de science. » C’est là la différence entre l’ancienne et la nouvelle école de  l’Imam Ach-Châfi`iyy.

Le chafiisme, (ou shafiisme ou chaféisme) est l’école la plus répandue aujourd’hui dans le monde, on la retrouve notamment sur le continent asiatique : en Inde et en Asie du Sud-Est (Indonésie, Malaise, Thaïlande…) ainsi qu’en Égypte, au Yémen, et dans les pays du Châm (Liban, Syrie, Palestine et Jordanie), aux Îles Comores, etc…

Quelques-unes de ses qualités

Allâh ta`âlâ a honoré Ach-Châfi`iyy par différents dons parmi lesquels en plus de sa grande science, il y a la modestie.

Ach-Châfi`iyy, que Allâh lui fasse miséricorde, possédait une voix exceptionnelle au point que lorsque, tout jeune, il récitait le Qour’ân, les gens allaient vers lui pour écouter sa belle voix et certains de ceux qui étaient assis à écouter sa récitation tombaient par terre, tant ils craignaient Allâh, à cause du secret de sa récitation.

Il était extrêmement généreux et courageux. Il avait un comportement d’excellence. Il était de plus très adroit au tir à l’arc.

Son kachf, dévoilement accordé par Dieu

Parmi les particularités que Allâh lui a accordées, il faisait partie des grands saints, des vertueux de Allâh, des connaisseurs, des gens qui avaient le kachf, à savoir le dévoilement par la grâce de Dieu.

Une fois il s’est adressé à 3 de ses plus grands élèves. Il a dit au premier : « Toi tu seras dans le Hadîth. » L’élève s’appelait Ar-Rabî` Ibnou Soulaymân et il fut effectivement parmi les gens du Hadîth. Au deuxième il a dit : « Toi tu seras dans le débat. » Cet élève s’appelait Al-Mouzaniyy et il s’est avéré également très fort dans le débat. Il avait le dessus sur les mauvais innovateurs et leur donnait des arguments qui les faisaient taire. Au troisième, il a dit : « Toi, tu seras dans le fer. » Il s’appelait Al-BouwayTiyy et est devenu un savant en Egypte. Il a vécu à l’époque de la discorde des Mou`taZilah et a été enchaîné avec des fers, et transporté ainsi d’Egypte jusqu’à Bagdad.

Dieu lui a donc dévoilé ces informations au sujet de ses élèves bien avant leur advenue, c’est ce qu’on appelle le kachf (dévoilement).

Ach-Châfi`iyy en quête de science

L’Imam Ach-Châfi`iyy a acquis beaucoup de science dès son plus jeune âge. Il a effectué de nombreux voyages afin de profiter de la science d’un grand nombre de savants, notamment l’Imam Mâlik au début de ses périples et un élève de l’Imam ‘Abôu Hanîfah à la fin.

Le Prophète a fait son éloge

C’est en lui que s’est réalisée la parole du Messager dans le Hadîth :

لا تسبوا قريشاً فإن عالمها يملأ طباق الأرض علماً

(lâ taçoubbôu Qouraychan fa’inna `âlimahâ yamla’ou Tibâqa l-‘arDi `ilmâ)

C’est-à-dire : « N’insultez pas Qouraych, car c’est par un savant de cette tribu que la terre sera remplie de science. »

D’après les savants, c’est l’Imam Ach-Châfi`iyy qui est visé par ce Hadîth car il faisait partie de Qouraych tandis que les 3 autres grands savants : ‘Abôu Hanîfah, Mâlik et ‘AHmad n’en faisaient pas partie.

D’abord à la Mecque honorée…

Au tout début, Ach-Châfi`iyy s’est intéressé à la poésie, à la littérature et à l’Histoire des Arabes. Par la suite, Allâh l’a guidé vers l’apprentissage approfondi de la jurisprudence et de la science. D’après différentes versions, un jour alors qu’il allait apprendre la grammaire et la littérature arabes, il a rencontré en chemin Mouslim Ibnou Khâlid AZ-Zinjiyy qui était alors le mouftî de la Mecque. Le mouftî lui a demandé : « D’où viens-tu ? » Il lui a répondu : « Moi, je fais partie des gens de la Mecque.» Il lui a dit : « Où habites-tu ? » Il lui a répondu : « A Chi`âb Al-Khayf. » Le mouftî lui a demandé : « De quelle tribu es-tu ? » Ach-Châfi`iyy lui a répondu : « Je suis de la tribu de `Abdou-Manâf. » Alors, le mouftî lui a dit : « Bonheur à toi, Allâh t’a honoré dans le bas monde et dans l’au-delà ! Pourquoi ne mets-tu pas ton intelligence et ta compréhension au service de la jurisprudence ? Ce serait mieux pour toi. »

Ach-Châfi`iyy, bien que très jeune, a excellé dans la jurisprudence et Az-Zinjiyy l’a autorisé à donner des avis de jurisprudence (fatwa). Mais l’ardeur de Ach-Châfi`iyy était telle qu’il ne s’est pas limité à ce niveau. En effet, des nouvelles lui étaient parvenues au sujet de l’Imam de la terre de l’Emigration, à savoir Mâlik Ibnou ‘Anas, que Allâh l’agrée, à l’époque où le nom de Mâlik était déjà connu dans tous les horizons et que Mâlik avait atteint de hauts degrés dans la science de la religion et le Hadîth.

… Puis à Médine l’Illuminée

La détermination de Ach-Châfi`iyy l’a poussé à émigrer vers Médine en quête de science. Il s’y était préparé puisqu’il avait emprunté à un homme de La Mecque le livre « Al-MouwaTTâ' » écrit par l’Imam Mâlik. Il l’avait lu et l’avait appris par cœur. Ensuite, il a voyagé à Médine. Lorsque l’Imam Mâlik a interrogé Ach-Châfi`iyy sur son nom, il lui a répondu : « Je m’appelle MouHammad.» Mâlik lui a dit : « MouHammad, crains Allâh, fais preuve de piété à l’égard de Allâh et évite les désobéissances, car tu auras certes un haut degré. Allâh a fait que dans ton coeur il y a une lumière, n’éteins pas cette lumière par les péchés ! » Puis il lui a dit : « Demain, tu viendras en compagnie de quelqu’un qui te servira de lecteur. » Ach-Châfi`iyy s’est mis à apprendre et plus il avançait, plus Mâlik lui en demandait. Il est resté avec lui dans le but d’apprendre et d’étudier la science, la jurisprudence et tout autre domaine religieux dans lequel l’Imam glorieux, Mâlik, donnait des avis religieux (fatwa) jusqu’à ce qu’il décède en l’an 179 de l’Hégire. Ach-Châfi`iyy avait alors atteint la trentaine.

Son amour pour les voyages toujours en quête de science

Ach-Châfi`iyy tenait beaucoup à rester auprès de l’Imam Mâlik, mais de temps à autre il accomplissait des voyages à La Mecque pour rendre visite à sa mère et profiter de ses conseils. En effet, sa mère avait une noblesse de caractère et une bonne compréhension et l’Imam Ach-Châfi`iyy aimait voyager ce qu’il considérait comme étant très utile. Il disait : « Je vais parcourir les pays de long en large pour acquérir la science ou bien je mourrai inconnu dans ces pays. Si je meurs j’espère que Allâh me fera miséricorde, mais si je reste en vie, je reviendrai bientôt. »

Ach-Châfi`iyy composait beaucoup de poèmes, il a dit au sujet des bienfaits du voyage, un poème (en arabe) dont voici le sens :

« Pars en voyage, tu trouveras ce qui compense ce que tu as quitté.

Et supporte la fatigue car la meilleure vie, c’est dans la fatigue.

J’ai vu que lorsque l’eau s’arrête de couler, elle stagne.

Et lorsqu’elle coule, elle devient douce, alors que si elle ne coule pas, elle n’est pas bonne.

Et si le lion ne quittait pas la forêt, il ne pourrait pas chasser.

Et si la flèche ne quittait pas l’arc, elle n’atteindrait pas sa cible.»

L’honneur de l’ascendance de Ach-Châfi`iyy ne l’a pas détourné du travail et de la recherche de sa subsistance afin de vivre du fruit de son labeur. Par la suite, un des gouverneurs du Yémen l’a nommé gouverneur à Najrân (actuellement cette ville appartient à l’Arabie Saoudite à la frontière du Yémen). Dans cette responsabilité, se sont manifestées son extrême intelligence et sa noblesse de caractère pour ne pas commettre d’injustices. Ainsi, il a refusé la flatterie et la corruption, alors que celui qui l’avait précédé les avait acceptées.

Ach-Châfi`iyy à Bagdad puis au Yemen

Ach-Châfi`iyy, avait 34 ans à son arrivée à Bagdad où il a résidé 2 ans. Puis il s’est complètement libéré de ses occupations pour apprendre la science et la jurisprudence auprès de MouHammad Ibnou l-Haçan Ach-Chaybâniyy, le compagnon et l’élève de ‘Abôu Hanîfah. C’est là, qu’il a réuni la jurisprudence du HîjâZ (région de la péninsule arabique) basée sur la transmission et la jurisprudence du `Irâq (l’Iraq) basée sur la déduction. Ach-Châfi`iyy a ainsi atteint le degré  des imams de la jurisprudence aussi bien par la déduction que par la transmission.

De retour en Egypte, il a fondé sa nouvelle école.

Ibnou Hajar a dit de Ach-Châfi`iyy : « Il a rassemblé la science des savants qui déduisent des lois et la science des savants spécialistes du Hadîth

15 des chaykh de l’Imam Ach-Châfi`iyy

Parmi ses chaykh à Médine figuraient :

  • Mâlik Ibnou ‘Anas Al-‘ASbouHîyy,
  • ‘Ibrâhîm Ibnou Sa`d Al-‘AnSârîyy,
  • `Abdou l -`Azîz Ibnou MouHammad Ad-Dâwardîyy,
  • ‘Ibrâhîm Ibnou YaHyâ Al-‘Ouçâmîyy,
  • MouHammad Ibnou Sa`îd Ibnou ‘Abî Foudayk
  • `Abdou l-Lâh Ibnou Nâfi` AS-Sâ’igh.

Parmi ses chaykh en Iraq, il y a eu :

  • MouHammad Ibnou l-Haçan Ach-Chaybâniyy
  • Wakî` Ibnou l-JarrâH Al-Koufiyy,
  • ‘Abôu ‘Ouçamah Hammâd Ibnou ‘Ouçâmah Al-Koufîyy,
  • ‘Ismâ`îl Ibnou `ATiyyah Al-Basrîyy
  • `Abdou l-Wahhâb Ibnou `Abdî l-Hamîd Al-BaSrîyy.

Parmi ses chaykh au Yémen, on retient :

  • MouTraf Ibnou MâZin,
  • Hichâm Ibnou Yôuçouf le juge de Sanaa (San`â’),
  • `Oumar Ibnou ‘Abî Mouslamah le compagnon de Al-AwZâ`îyy
  • YaHyâ Ibnou Haçân le compagnon de Al-Layth Ibnou Sa`d.

L’Imam Ach-Châfi`iyy refuse le poste de juge et part s’installer en Egypte

En l’an 198 de l’Hégire, Al-Ma’moun Al-`Abbâsiyy est devenu le calife des musulmans. Mais à son époque, Ach-Châfi`iyy n’a pas aimé prolonger son séjour à Bagdad, étant donné que les Perses avaient le dessus et avaient la main mise sur les rouages de l’Etat alors que Ach-Châfi`iyy qui était arabe, Qourachiyy, était fier de la Loi de l’Islam. Quant à Al-Ma’môun, il encourageait la philosophie qui s’était propagée à son époque. Il a proposé à Ach-Châfi`iyy de se charger de la fonction de qâDî (juge), mais Ach-Châfi`iyy a refusé.

Lorsque Ach-Châfi`iyy a décidé de s’installer en Egypte, il a dit sous forme de poésie :

« Je me suis senti nostalgique et désireux de partir en Egypte.

Et pour cela, je suis prêt à traverser les déserts.

Par Dieu (Allâh), je ne sais  pas si j’y vais pour la réussite et la richesse

Ou pour y être enterré

Ach-Châfi`iyy a résidé en Egypte pendant un peu plus de 4 ans, durant lesquels ses livres se sont diffusés et il est devenu célèbre en raison du grand nombre de personnes qui ont appris auprès de lui la science de la religion et qui l’ont par la suite propagée.

La fin de la vie de Ach-Châfi`iyy, sa maladie et son décès

Après avoir voué sa vie à l’apprentissage puis à l’enseignement de la science de la religion, l’Imam Ach-Châfi`iyy est décédé des suites d’une maladie.

Ach-Châfi`iyy a eu plusieurs maladies durant sa vie. Il était notamment atteint d’hémorroïdes qui lui ont causé plusieurs hémorragies. L’une d’elle a été tellement intense qu’il en est mort, que Allâh lui fasse miséricorde.

Ach-Châfi`iyy est mort en Egypte à l’âge de 54 ans  la dernière nuit du mois de Rajab en l’an 204 de l’Hégire, c’était la nuit d’un jeudi. Il est décédé chez `Abdou l-Lâh Ibnou l-Hakam à qui il a donné son testament. Il a été enterré le lendemain, le vendredi. C’est le clan de `Abdou l-Hakam qui l’a enterré dans leur cimetière à Qârâfah S-Soughrâ. Ils ont construit au-dessus de sa tombe un dôme que SalâHou d-Dîn (le sultan Saladin) a restauré. Il a construit à côté al-madraçah AS-SalâHiyyah, c’est-à-dire l’école SalâHiyy, en l’an 575 de l’Hégire (1179), qui était un bastion, une citadelle pour la propagation de l’école Châfi`iyy…

Le dôme de Ach-Châfi`iyy

Il a été construit un dôme magnifique sur la tombe de l’Imam Ach-Châfi`iyy. Au fil du temps, les ingénieurs et les architectes l’ont embelli et décoré de la meilleure décoration, et il a été restauré et réparé par les rois et les gouverneurs. Sur les deux battants de la porte de ce dôme, sont inscrits des vers qui signifient :

« Ach-Châfi`iyy est l’Imam de tous les gens dans la science, dans l’indulgence, dans l’élévation et dans la force. Le statut d’Imam des Imams (al-imâmah) dans le bas monde lui a été donné tout comme le califat est donné aux fils de Al-`Abbâs. Ses élèves sont les meilleurs compagnons et son école est la meilleure des écoles pour les gens.»

Au-dessus du croissant du dôme, est fixé un petit bateau depuis qu’il a été édifié. L’Imam Al-BôuSayriyy, l’auteur de Al-Bourdah, mort en l’an 695 de l’Hégire (1295) a dit lui aussi en poésie :

« Sur le dôme de la tombe de Ach-Châfi`iyy, il y a une embarcation qui a jeté l’ancre, fixée dans un édifice fortement bâti. Le déluge de sa Science a enveloppé sa tombe, et ce navire a flotté au-dessus de cette tombe. »

Prenons exemple sur la bonne éducation de Ach-Châfi`iyy

Son père est mort alors qu’il n’était qu’un jeune enfant mais cela ne l’a pas entraîné vers les groupes du mal et de la perversité car sa mère l’avait orienté vers l’apprentissage de la science. Le rôle des membres de la famille en matière d’éducation de leurs enfants est ainsi primordial. Ach-Châfi`iyy excellait dans la science de la religion au point de donner des avis de jurisprudence alors qu’il était encore jeune homme. Sa mère a eu un rôle essentiel en cela. Ceci s’est manifesté par l’effet de sa récitation sur les gens, par son bon comportement et sa grande science.

Attachez-vous à la science et faîtes en sorte que vos enfants s’y attachent car c’est dans la science que se trouve l’élévation. C’est grâce aux actes effectués conformément à la science et avec sincérité que l’homme s’élève en degrés et que les drapeaux de la vérité sont élevés.

الحمد لله رب العالمين

La louange est à ALLAH, le Créateur du monde.

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1 Comment

  1. Sunnite

    Parmi les divergences : chez les châfi`iyy on compte bismi lLâhi r-raHmâni r-RaHîm comme ‘âyah pour chaque sourat (sauf sôurat at-tawbah qui ne commence pas par la basmalah) et les mâlikiyy ne la compte pas comme ‘âyah d’où le décalage dans le compte des ‘âyah

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