Apprendre Grammaire Arabe : Explication de la ’Ājourroūmiyyah dans An-Naḥw

بِسْمِ اللهِ الرَّحْمَنِ الرَّحِيم

La louange est à Dieu, le Créateur du monde. Celui Qui existe sans début, sans fin, sans endroit, sans comment et ne dépend pas du temps ; rien n’est tel que Lui et Il est Celui Qui entend et Qui voit, quoi que tu puisses imaginer Dieu en est différent. Et que l’élévation en degré et la préservation de sa communauté de ce qu’il craint pour elle soient accordées à notre Maître Mouḥammad Al-’Amîn, l’Honnête, celui qui a appelé à la religion de vérité, l’Islam la religion de tous les Prophètes du premier ’Adam ʿalayhi s-salām au dernier Mouḥammad ṣalla l-Lāhou ʿalayhi wa sallam

Explication de la Ājourroūmiyyah dans la grammaire arabe 

Par le Mouftī de La Mecque : ’Aḥmad Ibnou Zaynī Daḥlān

Introduction du livre

Au nom de Allāh, Ar-Raḥmāni (Celui Qui est très miséricordieux envers les croyants et les mécréants dans ce bas-monde et envers les croyants uniquement dans l’au-delà), Ar-Raḥīm (Celui Qui est très miséricordieux envers les croyants).

La louange est à Allāh, le Seigneur des mondes, et que l’élévation en degré et la paix soient sur notre maître Mouhammad l’Honnête (Al-’Amīn), ainsi que sur sa famille et ses compagnons.

Après cela : c’était l’habitude des savants anciens de porter une attention particulière à la science de la grammaire (An-Naḥw) ; ils la maîtrisaient et l’enseignaient aux étudiants en sciences de la religion, en raison de son immense utilité pour comprendre les sens de la Parole de Allāh et de la parole de Son Messager ﷺ.

Brève biographie du commentateur : le Mouftī de La Mecque ’Aḥmad Ibnou Zaynī Daḥlān

Il est ’Abou l-ʿAbbās ’Aḥmad fils du Sayyid Zaynī Daḥlān al-Makkī, Mouftī des Chafiʿites à La Mecque l’Honorée, l’illustre savant dont la renommée a parcouru les contrées et dont le mérite est célèbre dans toutes les cités.

Brève biographie de l’auteur de la Ājourroūmiyyah

Il est Mouḥammad fils de Mouḥammad fils de Dāwoūd aṣ-Ṣanhājī, ’Aboū ʿAbdi l-Lāh le grammairien connu sous le nom de Ibnou ’Ājourroūm, ce qui signifie en langue berbère « le pauvre soufi ».

Les dix principes fondamentaux de la science de la grammaire (An-Naḥw)

Il convient à quiconque débute l’étude d’une science d’en connaître les dix principes afin d’être clairvoyant :

  1. La définition (Al-Ḥadd) : C’est la science des règles par lesquelles on connaît les états des terminaisons des mots arabes lors de leur composition, du point de vue de la déclinaison (Iʿrāb) et de l’invariabilité (Binā’).

  2. Le sujet (Al-Mawḍoūʿ) : Les mots arabes.

  3. Le fruit / l’utilité (Ath-Thamrah) : Se préserver de l’erreur de langage et s’aider à la compréhension de la parole de Allāh et de Son Messager ﷺ.

  4. Le mérite (Al-Faḍl) : Son mérite car elle est la clé des autres sciences.

  5. Le rapport (An-Nisbah) : Elle se distingue des autres sciences.

  6. Le fondateur (Al-Wāḍiʿ) : ’Abou l-’Aswad ad-Dou’alī l’un des successeurs (tābiʿiyy) sur ordre de l’Imam ʿAliyy (que Allāh l’agrée).

  7. Le nom (Al-’Ism) : Science de la grammaire (An-Naḥw) ou science de la langue arabe.

  8. Les sources (Al-’Istimdād) : La parole des Arabes.

  9. Le jugement religieux (Ḥoukmou ch-Chāriʿ) : Une obligation de suffisance (Farḍ Kifāyah) pour chaque région, et une obligation personnelle (Farḍ ʿAyn) pour l’exégète et le savant du hadith.

  10. Les questions (Al-Masā’il) : Ses règles, comme le fait de dire : « Le sujet est au cas sujet (marfoūʿ) ».

Le récit de la fondation de la grammaire arabe

On raconte que ’Abou l-’Aswad ad-Dou’alī se trouvait une nuit sur le toit de sa maison avec sa fille. Elle regarda le ciel et ses étoiles et s’exclama : « Yā ’abati, mā ’aḥsanou s-samā’i ! » (avec une ḍammah sur le noūn et une kasrah sur la hamzah). Son père répondit : « Ô ma fille, ce sont ses étoiles », pensant qu’elle demandait quel était l’élément le plus beau du ciel. Elle lui expliqua : « Ô mon père, je n’ai pas voulu cela, je voulais seulement exprimer mon admiration (taʿajjoub) devant sa beauté ». Il lui dit alors : « Dis plutôt : mā ’aḥsana s-samā’a ! et ouvre la bouche (en prononçant la fatḥah) ».

Le lendemain matin, il se rendit auprès de notre maître ʿAliyy (que Allāh honore son visage) et dit : « Ô Émir des Croyants, il est apparu chez nos enfants une chose que nous ne connaissions pas », et il lui raconta l’histoire. ʿAliyy dit : « Cela est dû au mélange des non-Arabes avec les Arabes ». Puis il lui ordonna d’acheter un support d’écriture et lui dicta, après quelques jours : « Les divisions de la parole sont au nombre de trois : Nom (’Ism), Verbe (Fiʿl) et Particule (Ḥarf) apportant un sens », ainsi qu’une partie du chapitre sur l’exclamation admirative. Il lui dit enfin : « Inḥou naḥwa hādhā » (Suis cette direction), et c’est pour cette raison qu’elle fut nommée science de la grammaire (An-Naḥw). Puis il lui dit : « Poursuis tes recherches, ô ’Abou l-’Aswad, et rajoute ce qui te vient à l’esprit. Sache que les choses sont de trois sortes : apparentes (ḍāhir), cachées (mouḍmar), et une chose qui n’est ni apparente ni cachée ; les gens ne se distinguent que par la connaissance de ce qui n’est ni apparent ni caché ».

’Abou l-’Aswad dit : « J’ai alors rassemblé plusieurs éléments que je lui ai présentés. Parmi ceux-ci figuraient les particules du cas direct (ḥouroūfou n-naṣb) : ’inna’annalaytalaʿalla et ka’anna. Je n’avais pas mentionné lākinna, il me demanda : "Pourquoi l’as-tu délaissée ?", je répondis : "Je ne pensais pas qu’elle en faisait partie". Il dit : "Au contraire, elle en fait partie, alors rajoute-la" ». Plus tard, ’Abou l-’Aswad entendit un homme lire la parole de Allāh :  أَنَّ اللَّهَ بَرِيءٌ مِنَ الْمُشْرِكِينَ وَرَسُولُهُ ﴿ (... ’anna l-Lāha barī’oun mina l-mouchrikīna wa Rasoūlouhou ...) ce qui signifie : «... certes Allāh taʿālā désavoue les associateurs, et Son Messager [les désavoue également] ...» [sourate At-Tawbah, verset 3] en prononçant « Rasoulihi » (au cas indirect majroūr), ce qui change le sens. Il instaura alors les chapitres de la coordination (ʿaṭf) et de l’épithète (naʿt).

Explication détaillée de cette faute de lecture et de son impact sur le sens : L'erreur réside dans la lecture du mot « Rasoūlouhou » avec une kasrah sur la lettre Lām (« Rasoūlihi »), alors que la forme correcte est de le lire avec une ḍammah (« Rasoūlouhou » - cas sujet).

Le changement de la voyelle d'une seule lettre dans ce verset renverse totalement le sens doctrinal. Lorsque l'homme l'a lu au cas indirect (« Rasoulihi »), le mot « Messager » est devenu coordonné au mot « Associateurs » (al-mouchrikīn), lequel est au cas indirect à cause de la préposition « min ». Cela donne un sens corrompu et blasphématoire, à savoir que Dieu désavouerait les associateurs et Son Messager.

En revanche, la lecture correcte au cas sujet (« Rasoūlouhou ») fait du mot « Messager » un nouveau Sujet (moubtada') dont l'attribut est sous-entendu (« les désavoue également »). Le sens devient alors : certes Allāh taʿālā désavoue les associateurs, et Son Messager les désavoue également .

Cette faute de langage fut un signal d'alarme pour Aboū l-’Aswad ad-Dou’alī. Il comprit que l'ignorance des règles linguistiques pouvait mener à la falsification des sens du noble Qour'ān. À cause d'une seule kasrah, le désaveu du Messager ﷺ fut compris au lieu du désaveu du Messager envers les associateurs. C'est ce qui poussa Aboū l-’Aswad à consigner les règles de la « Coordination et de l'Épithète », posant ainsi les premières briques de la science de la grammaire pour protéger la langue arabe de la corruption.

Importance de la grammaire arabe selon les prédécesseurs vertueux (Salaf Ṣāliḥ) et les Savants

Al-Mourhibiyy a rapporté d’après Ibnou ʿOumar (que Allāh les agrée tous deux) : « ʿOumar passa près d’un groupe de gens qui s’exerçaient au tir mais rataient leur cible. Il dit : "Comme votre tir est mauvais !". Ils répondirent : “نحن متعلمين” - (Naḥnou moutaʿallimīn) (Nous sommes des apprenants) (moutaʿallimīn, faisant une faute au lieu de moutaʿallimoūn au cas sujet)". Il dit : "Votre faute de langage (laḥn) est plus pénible pour moi que votre mauvais tir ! J’ai entendu le Messager de Allāh ﷺ dire ce qui signifie : “Que Allāh fasse miséricorde à un homme qui corrige sa langue” (hadith faible) ».

Analyse détaillée de cette faute de langage : L’erreur réside dans leur formulation (Naḥnou moutaʿallimīn), alors que la forme correcte est « Naḥnou moutaʿallimoūn ». Voici le détail grammatical de cette faute : La phrase « Naḥnou moutaʿallimoūn » est composée des deux partie de la phrase nominale : le pronom « Naḥnou » (Nous) occupe la fonction de Sujet (moubtada’), et ce qui informe sur ce sujet en complétant son sens est l’Attribut (khabar). Or, la règle grammaticale stipule que l’attribut est toujours au cas sujet (marfoūʿ). Étant donné que le mot « moutaʿallimoūn » est un pluriel masculin sain, sa marque de cas sujet est la lettre Wāw et non la lettre Yā’ (laquelle est utilisée pour les cas direct et indirect). Ainsi, le prononcer avec un yā’ (« moutaʿallimīn ») est considéré comme une entorse aux règles linguistiques correctes. C’est ce que ʿOumar Ibn al-Khaṭṭāb (que Allāh l’agrée) a désapprouvé, qualifiant cette erreur de « faute de langage » (laḥn) plus grave à ses yeux que l’échec au tir à l’arc, en raison de l’importance de la langue arabe dans la rectitude de la parole et de la pensée.

Le savant Al-Jalāl As-Souyoūṭiyy a dit dans le commentaire de son Alfiyyah : « Les savants s’accordent sur le fait que la grammaire est nécessaire dans chaque branche de la science, tout particulièrement pour l’Exégèse (Tafçīr) et le Hadith. Il n’est permis à personne de parler sur le Qour’ān jusqu’à ce qu’il maitrise la langue arabe, car le Qour’ān est en langue arabe et ses objectifs ne sont compris qu’à travers la connaissance des règles de l’arabe, et il en est de même pour le Hadith ».

Ibnou ṣ-Ṣalāḥ a ajouté : « Il convient au rapporteur de hadith de ne pas transmettre son hadith avec une lecture faite par quelqu’un qui fait des fautes de langage ».

Définitions des termes grammaticaux avec exemples traduits

Différence technique importante : La différence entre le duel et le pluriel aux cas direct et indirect se situe au niveau des voyelles :

  1. Pour le Duel, la lettre avant le Yā’ porte une fatḥah et le Noūn porte une kasrah (ـَ يـْ نِ).

  2. Pour le Pluriel, la lettre avant le Yā’ porte une kasrah et le Noūn porte une fatḥah (ـِ يـْ نَ)

Et Allāh sait plus que tout autre et Sa sagesse est parfaite.

La suite prochainement inchā’al-Lāh

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